La consommation excessive d’alcool (3) entraîne chaque année : 3,3 millions de décès soit 5.9% de la mortalité totale (7.9% de la mortalité masculine, 4% de la mortalité féminine) et 5.1% de la charge mondiale des maladies et des incapacités (DALY)(4) (7.6% chez les hommes et 1.4% chez les femmes).

Le nombre des morts pour 100 000 habitants est en moyenne dans le monde de : 41,6.

Ces pourcentages varient considérablement d’une région à l’autre de l’OMS, c’est en Europe de l’Est (Russie, Belarus, Moldavie, Ukraine, Hongrie) qu’ils sont les plus élevés (463 décès pour 100 000) et en Méditerranée orientale (Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis) qu’ils sont les plus bas (5.7 pour 100 000).

Dans le monde en 2012 le nombre de DALY pour 100 000 habitants était en moyenne de : 1967. Le taux le plus élevé était celui des habitants de l’Europe de l’Est : 13 377et le plus bas celui des habitants de la méditerranée orientale :262.

Et en Europe?

En 2004,(5) sont imputables à l’alcool : 6,5% des décès (1.8% chez les femmes et 11% chez les hommes) et 11.6 % de la charge globale de morbidité exprimée en DALY (17.3 % chez les hommes et 4.4% chez les femmes). C’est, parmi les régions de l’OMS, en Europe que la prévalence annuelle des atteintes à la santé liées à l’alcool est la plus élevée : 10.9 % (19.2 chez les hommes et 3, 2 chez les femmes)

La détermination des dommages liés à l’alcool

Les dommages liés à l’alcool sont déterminés principalement par le volume de la consommation et le mode de consommation de l’alcool, accessoirement par la qualité de la boisson.

• Des facteurs génétiques ont été analysés par randomisation Mendélienne (6) . Les porteurs d’un variant de l’alcool Déshydrogénase1B ne consomment pas d’alcool ou en consomment peu et ont un risque réduit de maladie coronarienne. Ce constat suggérait aux auteurs qu’une diminution de la consommation d’alcool y compris chez les buveurs modérés pouvait diminuer le risque carotidien. Cette conclusion suscitée de nombreuses critiques, sur la méthodologie de cette étude et sur la fiabilité des données publiées, auxquelles les auteurs n’avaient pas répondu plusieurs mois après la publication de leurs études.(7)

• La relation entre la consommation et les dommages liés à l’alcool est le plus souvent dose dépendante. Par exemple la fréquence des cancers dont la survenue est favorisée par la consommation d’alcool augmente de façon linéaire avec la consommation.

• Le « binge drinking » est une recherche intentionnelle de l’ivresse, souvent organisée en groupe et programmée, par une consommation rapide et importante d’alcool qui conduit à des comportements violents et agressifs dangereux pour les autres et pour le buveur.

• Le binge drinking est une forme du « Heavy episodic drinking » caractérisées par la consommation épisodique importante, souvent festive, au moins une fois par mois, de 6 verres d’alcool.

Les dommages liés à l’alcool concernent les consommateurs et la société.

Les consommateurs en raison :

• des maladies liées à une alcoolisation excessive qui atteignent particulièrement le fonctionnement des appareils neuropsychiatrique et digestif (le foie, le pancréas). L’alcool favorise le développement de nombreux cancers, est responsable du syndrome d’alcoolisation fœtale (retard de croissance, déficit intellectuel, anomalies du visage et du crâne) en cas d’alcoolisation de la mère durant la grossesse ;

• des accidents qu’ils provoquent : accidents domestiques, accidents de la route (ces derniers étant responsable de : 1,14 million de décès par an environ qui pour 91% surviennent dans
les pays où les revenus annuels en 2015 par habitant sont : faible (≤ 1045 dollars) ou intermédiaire (tranche inférieure ≤4263 dollars en 2016 ) (8)

• des violences qu’ils font subir aux autres (notamment les violences domestiques et conjugales) où qu’ils s’infligent (blessures, suicides, accidents du travail)

• des difficultés qu’ils rencontrent dans leur vie sociale en raison au moins en partie de leur abus d’alcool et qu’ils subissent dans leur vie familiale (conjugale et parentale), dans leur vie professionnelle (chômage, perte de salaire, absence de promotion) et plus généralement dans leurs relations amicales ou leurs loisirs en raison du jugement et du regard critique portés sur leurs comportements.

La société et l’alcool

En raison des couts directs liés aux maladies et aux accidents que subissent les consommateurs ou qu’ils provoquent. Ces couts directs médicaux, judiciaires, représenteraient 9 à 24% du cout social.

Les coûts indirects, conséquence des pertes de production (chômage, accidents du travail, absentéisme) constituent les trois quarts des coûts attribuables à l’alcool estimés dans l’Union Européenne à 125 milliards (en 2003) et aux USA à 233 milliards de dollars en 2006.

La nécessité d’une forte et contraignante réglementation politique est évidente en raison de la gravité et de la fréquence des dommages liés à une alcoolisation excessive.

Mais le poids des lobbies qui encouragent la consommation d’alcool est tel que 66 membres de l’OMS (39%) ont une réglementation écrite et 28 pays comptant au total 416 millions d’habitants soit 7% de la population mondiale disposent d’une réglementation adéquate concernant la prévention des accidents de la route.(9)

Dans la région européenne de l’OMS en 2012 sur 53 nations 19 n’avaient pas mis en place une réglementation formalisée.

Plus une nation est riche plus une réglementation est nécessaire car, globalement, plus sa consommation est élevée.

Alors que la consommation individuelle dans le monde est en moyenne de 6,2 litres d’alcool pur, elle est de 3,1 litres dans les pays pauvres et de 9,6 litres dans les pays riches.

La prévalence des consommateurs est de 39,3% dans le monde de 18,3% dans les pays pauvres et de 69.5 % dans les pays riches.

Dans le monde entre 2005 et 2010 la consommation d’alcool par tête a peu changé.

Elle a augmenté en Inde et en Chine en raison d’un accroissement du niveau de vie et du marketing des industriels et diminué en Europe : en 2005 : 12.2 litres, en 2009 : 10.9 litres, région ou elle reste la plus élevée.

C’est en Méditerranée orientale que la consommation par tête est la plus basse : 0.7 litre par an (en raison de l’appartenance de la presque totalité des habitants de ces pays à la religion musulmane).

La consommation moyenne par habitant est un indicateur qui cache en partie la réalité lorsqu’il est calculé sans tenir compte du pourcentage des habitants qui se déclarent non consommateurs. Par exemple en France : 15% des hommes et 32% des femmes.
Dans les pays musulmans la consommation moyenne est très basse en raison du fort pourcentage des non consommateurs qui cache l’existence d’une minorité d’habitants dont la consommation est très élevée.

L’alcool en France

La consommation

Les deux caractéristiques principales de la consommation d’alcool en France sont sa diminution depuis quarante ans et le développement d’une consommation épisodique importante, notamment chez les adolescents et les jeunes sous la forme du « Binge Drinking » ou ivresse intentionnelle.

En 1970 la consommation d’alcool pur en litre était de 20,4 litres par tête, elle a diminué progressivement mais régulièrement passant à 19,5 litres en 1980, à 16 litres en 1990, à 13.8 litres en 2000, à 11.8 litres en 2010 et à 11,1 en 2013. (10)

Cette baisse est liée à la diminution de la consommation annuelle de vin passée de 174 litres en 1960 à 143 en 1970, 123 en 1980, 91 en 1990, 80 en 2000 et 57 en 2010. (11)

L’OMS évalue la disponibilité totale d‘alcool pur à partir des taxes et des ventes : 11.8 litres par habitant et inclut l’alcool non enregistré par l’administration : 0.4 litres soit un total de 12.2 litres (17.8 litres chez les hommes et 7.1 litres chez les femmes).

Si l’on évalue la consommation par personne après exclusion des non consommateurs, les français, ont consommé en 2010 par habitant de plus de 15 ans : 12.9 litres d’alcool pur soit 27.9 grammes par jour.

La part de la consommation d’alcool par les 20% qui boivent le plus est de 91% en Hongrie de 71% aux USA et de 50% en France.(12)

Selon l’OMS la part des boissons alcoolisées dans la consommation totale était en 2010 la suivante : vin 56%, spiritueux 23%, bière 19%, divers 2%.

La direction générale des douanes et des droits indirects estimait les ventes d’alcool en litres par habitant (13) en 2013 à 11.1litres (vins : 6.5 l, bières : 1.8 l, spiritueux 2.5, autres : 0.3)

Quatre profils de consommateurs,(14) peuvent être décrits dans la population de 16 ans ou davantage

Les non consommateurs : 15,9% des hommes et 32,7% des femmes.

Ces chiffres paraissent très élevés en raison d’une sous déclaration de la consommation. Les données de l’OMS (15) sont beaucoup plus basses.

Pour cet organisme les abstinents de plus de 15 ans en 2010 se répartissent ainsi : Abstinents toute leur vie : 2% (0.9% des hommes et 3% des femmes). Autrefois buveurs 3.2% (hommes 2.6% , femmes : 3.7%). Abstinents les 12 derniers mois : 3.5%des hommes et 6.7% des femmes.

Pour l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies, dans la population des 11-75 ans, en 2014, on trouve 7% d’abstinents.

Les consommateurs sans risque car leur consommation hebdomadaire ne dépasse pas 21 verres chez les hommes et 14 chez les femmes : 38,4%des hommes et 50% des femmes ;

• Les consommateurs à risque ponctuel dont la consommation hebdomadaire n’est pas excessive et qui pas plus d’une fois par mois ont une consommation de 6 verres ou plus : 33,2% des hommes et 14,7% des femmes;

Les consommateurs à risque chronique dont la consommation hebdomadaire est élevée (plus de 22 verres chez les hommes et plus de 15 chez les femmes) et qui ont des consommations supérieures à 6 verres plus d’une fois par semaine 12.5% des hommes et 2.6% des femmes.

C’est évidemment dans ce groupe que les consommateurs dépendants sont les plus nombreux, mais contrairement à une opinion très répandue de nombreux consommateurs excessifs à risque chronique ne sont pas dépendants et peuvent cesser leur consommation ou la réduire. (16)

Le taux des sujets dépendants dans cette catégorie de consommateurs à risque chronique varie dans une population donnée en fonction des conditions de vie. En Ile de France ce taux atteint 21% parmi les personnes sans logement personnel. (17)

Selon cette enquête, conduite chez des adultes, 54.3% des hommes seraient épargnés par le risque alcool et 82.7% des femmes. Mais on sait que la consommation réelle est très supérieure à la consommation déclarée. Pour calculer la part attribuable de la mortalité à l’alcool, il est nécessaire de multiplier par 2.4 la consommation déclarée.

La comparaison des enquêtes de 2002 à 2010 montre une stabilisation des consommateurs à risque chez les hommes (45.7%-45.8%) mais un accroissement des risques ponctuel et chronique chez les jeunes de 18 à 24 ans (41.9%-50.3%) et une augmentation du pourcentage des femmes à risque ponctuel (14%-17.3%).

Les profils d’alcoolisation varient avec la catégorie socio professionnelle.

Chez les hommes de plus de 18 ans

Les abstinents sont les plus nombreux chez les inactifs n’ayant jamais travaillé : 32% et chez les ouvriers non qualifiés ; 25.3% ; les moins nombreux chez les cadres et les professions intellectuelles : 7.8%.

Les consommateurs à risque ponctuels sont chez les hommes nombreux dans toutes les catégories socio professionnelles mais plus nombreux chez les cadres : 36.1% et les professions intermédiaires : 36,7% et moins nombreux chez les agriculteurs : 22.9%.

Inversement les pourcentages de consommateurs à risque chronique sont les plus élevés chez les agriculteurs : 17.3 et les employés : 19.5 et les moins nombreux chez les ouvriers qualifiés : 12% et les inactifs n’ayant jamais travaillé : 5.2%.

Chez les femmes.

On retrouve la même répartition des non consommateurs que chez les hommes mais avec des pourcentages très supérieurs : 48.4% chez les inactives n’ayant jamais travaillé et 48.8 chez les ouvrières non qualifiée tandis que les cadres 4.4% ont un pourcentage très inférieur à celui des hommes : 7.8%.

Les consommatrices à risque ponctuel sont plus nombreuses chez les cadres 22.6% et moins nombreuses chez les ouvrières non qualifiées : 8.8% et les agricultrices : 9%.

C’est chez les artisanes et les commerçantes que l’on trouve les plus nombreuses femmes à risque chronique : 6.4%, devant les cadres : 4.7% tandis que les plus faibles pourcentages sont observés chez les agricultrices : 1% et les employées de commerce : 1.5%.

Le contraste entre une baisse de la consommation taxée par personne en 2002 et 2010 alors que la prévalence des consommateurs déclarés à risque augmente chez les femmes et les jeunes et reste stable chez les hommes ne témoigne peut être pas d’une réelle croissance de la consommation dans ces deux populations mais d’une moindre réticence à déclarer leur consommation réelle qui n’aurait pas augmentée.

Si cette hypothèse était exacte une augmentation du risque alcool chez les jeunes et aussi chez les femmes dont la vulnérabilité biologique est plus grande pourrait être réévaluée. (Une modification de la structure de la consommation est également possible. Par exemple : une réduction de la consommation à risque chez les hommes)

Les effets nocifs de l’alcool en France

• La mortalité attribuable à l’alcool (maladies et causes accidentelles) (18)

En 2009, 49 048 décès soit 9% du total des décès étaient attribuables à l‘alcool (36 584 chez les hommes, 12 456 chez les femmes) : 10%des cancers, 8% des maladies cardiovasculaires, 33% des maladies digestives, 22% des causes externes (accidentelles, suicides). Le nombre des années de vie perdues serait de 810 117.

• La morbidité attribuable à l’alcool.

Le nombre des malades serait au total de 1 218 144 dont 143 080 atteints de cancer, 288 915 de maladies cardiologiques, 55 230 de maladies digestives, 407 444 d’autres maladies,10 320 de causes externes, 311 632 d’hypertension et 1 613 de maladies non précisées.

• Alcool et violences.

En 2006 : 40% des sujets ayant participé à une bagarre dans un lieu public, 35% des agressions familiales et 25% de celles ayant eu lieu hors de la famille, 32% des destructions intentionnelles et 20% des vols mettaient en cause des sujets alcoolisés. (19)

Les épisodes de consommation massive ou de Binge Drinking souvent en cause dans les actes violents concernent 29.8% de la population de plus de 15 ans (45.4% des hommes et 14.4% des femmes) et 48.5% de la population de 15 à 19 ans dont 50.7 % des adolescents et 46.3% des adolescentes.

• Alcool et hospitalisation en 2012 (20)

En court séjour : 580 884 séjours concernant 316 824 patients (197 024 séjours pour lesquels l’alcool était le motif principal : alcoolisation aigue et dépendance, 383 860 séjours pour des pathologies liées à l’alcool)

Quatre vint onze pour cent des séjours etaient effectués dans les hôpitaux publics.

En psychiatrie : 2 173 031 journées et 673 297 actes ambulatoires concernant 139 882 patients.

En Soins de suite et de réadaptation : 2002 071 journées pour 49 925 patients.

• Le coût de l’alcoolisation en France (21)

En 2003 ce coût était estimé à 37 milliards d’euros (soit : 2.37% du PIB° dont 10,2 milliards pour la sphère publique.

En 1997 ce coût était estimé à 1.7% du PIB en France, à 2.7% aux USA, à 1.4%au Canada. (22)

En 2015, le coût social de l’alcool a fait l’objet d’une nouvelle estimation de Pierre KOPP.(23)

Ce coût atteindrait : 120 413 millions d’euros dont:

o Coût externe 114 513millions (coût des vies perdues : 65 941, coût de la perte de qualité de vie : 39 530, perte de production : 9 042).

o Coût pour les finances publiques : 4 917 millions. Soit coût des soins : 8 565millions + prévention et répression : 283 millions, moins les économies sur les retraites en raison des morts prématurées : 727 millions et le produit de la taxation : 3 204 millions (soit :37% du coût des soins)

o Effet sur le bien être : 5 900 millions.

Comparaisons internationales (24)

Durant 50 ans de 1960 à 2000 la consommation d’alcool par habitant de plus de 15 ans en France était la plus élevée des 34 pays de l’OCDE.

En 2010 l’Autriche prenait la première place : 12,5 litres par habitant devant la France : 11.8 litres.
En 2013 la consommation française continue de diminuer : 11,1 litres alors qu’en République Tchèque elle monte comme en Estonie et qu’elle reste stable au Luxembourg. La France passe au 5°rang.

Depuis 1970, la consommation d’alcool a augmenté dans les pays nordiques et anglo-saxons alors qu’elle diminuait dans les pays du Sud de l’Europe conduisant à une convergence des volumes consommés dans les pays européens. (25)

La comparaison en Europe de l’ouest et du sud de la prévalence des atteintes à la santé chez les consommateurs d’alcool qui est de 6% en France apparait plus élevée en Autriche : 10.2%, en Belgique : 6.1%, en Finlande: 7.7%, en Irlande: 7.8%, en Norvège et en Pologne : 8.7%, au Portugal : 5.4%, en Suède: 9.8% et en Suisse: 8.7%.

Dans tous ces pays la prévalence de la dépendance est également plus élevée qu’en France.

Conclusion

La France est au premier rang des pays où l’alcool est un produit très apprécié sous forme de vin tout en restant avec le tabac un obstacle majeur à l’amélioration de la santé de la population.

La consommation a légèrement diminué ces dernières années. Le pays reste sur le podium européen derrière l’Autriche et l’Estonie.
Qui plus est l’évolution du modèle de consommation vers des excès ponctuels répétés, adopté par les populations âgées de 18 à 24 ans et atteignant 43,7% de la population masculine et 19% des femmes comporte davantage de risque que le modèle classique de consommation régulière et modérée aux repas.

Les responsables politiques sont invités à réglementer plus sévèrement les consommations excessives en choisissant une stratégie globale ciblant tous les facteurs de risque d’alcoolisation : le prix , la disponibilité, le marketing et en motivant les professionnels des soins à mieux informer par des interventions brèves les buveurs à risque pour les aider à réduire à réduire leurs consommation.

Les députés ont choisi en Novembre 2015 une politique opposée en distinguant « la publicité interdite et l’information œnologique autorisée» contre l’avis du gouvernement pour satisfaire le puissant lobby des producteurs de vin.

Pour clore ce paragraphe, trois remarques sur l’épidémiologie de la consommation d’alcool et le traitement de l’alcoolo dépendance pourraient être utiles aux lecteurs

1° les données épidémiologiques officielles sur la consommation d’alcool manquent de précision.

• Toutes ne prennent pas en compte la quantité exacte d’alcool à la disposition des habitants car une partie de l’alcool consommé n’est pas enregistré par la direction générale des douanes et des droits indirects.

• La consommation moyenne est calculée avec comme dénominateur l’ensemble de la population alors qu’une partie non négligeable et qui semble croître ne consomme pas ou ne consomme plus d’alcool.
La consommation d’alcool calculée en prenant seulement en compte « les buveurs » atteint en France 27.9 g/ jour et il est probable que celle des hommes est assez largement supérieure à 30 g par jour.

• La consommation modérée de 20 g par jour chez les hommes et de 10 g/jour chez les femmes est donc largement dépassée. Le rapport bénéfices /risques bascule et la consommation devient à risque pour une majorité des buveurs et sera nocive pour une grande partie de la population masculine.

• En France 20% des plus gros buveurs consomment 50% du total de l’alcool.(26)

• Dans les pays européens les 20% les plus riches consomment la plus grande partie de l’alcool disponible.

2° Le traitement des sujets alcoolo dépendants doit évoluer et les soignants apprendre à adapter leurs attitudes aux choix éclairés des consommateurs dépendants de l’alcool.

L’abstinence est la seule possibilité offerte en France depuis les années 50 à tous les sujets qui sont dépendants en raison du dogme qui fait de l’alcoolisme une maladie dont personne ne peut guérir et qui pour éviter les complications médicales et sociales exige l’abstinence, car l’alcoolique est un infirme qui ne maitrisera jamais sa consommation. « Tout syndrome d’alcoolodépendance justifie un sevrage complet et prolongé » (27) « L’abstinence est le seul critère objectif de l’interruption de la dépendance » (28)

Depuis bientôt 70 ans les médecins ont appris que l’absence totale de contrôle est constante et définitive chez les alcooliques. (29) « Buvez une goutte d’alcool disent ils aux alcooliques et même après des années d’abstinence, la rechute surviendra inévitablement.».
En réalité on sait depuis 1965 (30) que des alcooliques peuvent contrôler leur consommation et boire sans dommage.

Cette possibilité doit être offerte aux sujets alcoolo dépendants lorsqu’il n’existe pas de raison médicale qui justifierait l’abstinence : grossesse, allaitement, pathologie d’origine alcooliques (par exemple : hépatite alcoolique, cirrhose).

Certains sujets d’ailleurs après avoir choisi une consommation contrôlée s’orienteront vers l’abstinence (31) .

Offrir ce choix est un comportement médical centré sur le patient qui n’est pas, en France, dans les habitudes médicales, c’est vouloir respecter le patient en tant que personne et non pas en tant que malade. Cette attitude est préférable au paternalisme sur le plan éthique mais elle plus exigeante au plan relationnel pour les alcooliques et les soignants.

3° La mortalité liée à l’alcoolisation de la population est élevée et la mortalité prématurée liée à l’alcoolisation importante.

L’exactitude des chiffres avancées par les organismes internationaux est cependant contestable. Les statistiques sont obligatoirement imprécises car les données sur lesquelles elles sont construites sont incomplètes ou biaisées

On connait mal : • la distribution de la consommation aux différents âges ;

• le rapport entre les consommations et les effets nocifs de l’alcool dans les deux sexes en fonction de l’âge ;

• les effets protecteurs de l’alcool sont vraisemblablement plus importants après 55 ans parce que les pathologies qu’il peut prévenir sont plus fréquentes chez les sujets âgés (32) ;

• lorsque plusieurs facteurs interviennent dans le déterminisme d’une maladie, la fraction des décès attribuables à l’alcool est parfois difficile à fixer ;

• les effets protecteurs sur la pathologie cardiovasculaire et sur le diabète dans le décompte des décès sont habituellement minimisés par rapport à leur pourcentage dans les études épidémiologiques. (habituellement compris entre 20 et 30% )

Ces données insuffisantes ou biaisées expliquent les résultats surprenant de plusieurs études allemandes, danoises, anglaises , qui concluent que les effets protecteurs de la consommation d’alcool sur la mortalité sont supérieurs à la mortalité induite par la consommation d’alcool (33).

Enfin, les études faites il a une dizaine d’années ne correspondent peut être pas à la réalité d’aujourd’hui en raison de la modification du volume et des modèles de consommation d’alcool et d’une évolution des causes déterminantes des pathologies.

Par exemple la fraction des décès attribuable à l’alcool dans le déterminisme des cirrhoses ou des cancers de l’œsophage a diminué .Celle des cirrhoses en raison de la fréquence des atteintes hépatiques secondaires à une infection virale.

Celle des cancers de œsophage en raison d’une diminution relative de la fréquence des cancers épidermoïde fortement liée à la consommation d’alcool et de la croissance des adénoarcinomes en rapport avec souvent un reflux gastro-œsophagien

Pour optimiser le rapport bénéfices/risques de la consommation d’alcool tant au niveau de la population par une politique de santé publique adaptée, que des malades par des conseils sur la consommation d’alcool, des informations épidémiologiques sur la consommation et ses modalités en fonction de l’âge et du sexe comparées aux données de mortalité sont nécessaires.

Références

1 WHO “Global status report on alcohol and health 2014” (Toutes les données chiffrées concernant la morbidité , la mortalité et les coûts économiques dans le monde en rapport avec la consommation d’alcool sont tirées de ce rapport et de la référence suivante de J Rehm )

2 OECD «Tackling harmful alcohol use» Edited by Franco Sassi May 2015

3 Il est difficile de définir avec exactitude une consommation d’alcool sans risque. On sait que la mortalité dans une population en fonction de la consommation d’alcool est plus importante chez les abstinents que chez les consommateurs modérés principalement en raison de l’effet favorable de la consommation d’alcool sur la mortalité cardio vasculaire. Au delà d’une certaine limite de consommation la mortalité des consommateurs dépasse celle des non consommateurs . Quelle est cette limite ? Répondre à cette question malgré de nombreuses statistiques n’est pas simple pour plusieurs raisons.

En premier lieu : la connaissance de la consommation réelle des sujets enquêtés qui habituellement la minimisent d’un pourcentage élevé, qui pourrait atteindre 60% de la consommation réelle calculée à partir des informations fiscales, les quelles d’ailleurs sont aussi minimisées par la consommation de boissons alcoolisées dont l’administration des impôts n’a pas connaissance et qui est probablement faible en France (0.4 litres par an).

En second lieu, selon les études, la limité inférieure d’une consommation modérée qui est bénéfique en raison d’une diminution de la mortalité cardiovasculaire va de 4.5g à 40 par jour et la limite supérieure d’apparition des risque liés à une consommation à risque va de 24 à 80 g par jour. Actuellement on admet que pour un homme adulte le niveau optimal de consommation quotidienne qui est une source de bénéfice pour la santé va de 10 à 2O g par jour et qu’une consommation de 30 g/jour est neutre car son rapport bénéfice/ risque est équilibrée

4 L’année de vie ajustée sur l’incapacité (DALY= Disability Adjusted Life Year) étend le concept des années de vie perdues en raison d’un décès prématuré pour y inclure l’équivalent des années de vie en bonne santé perdues en raison d’un problème de santé ou d’incapacité. Le calcul des DALYs permet d’évaluer la charge globale d’une atteinte à la santé notamment liée aux maladies. Les DALYs constituent l’un des indicateurs de la qualité de la vie le second étant le QALY (Quality Adjusted Life Year) qui est principalement utilisé pour évaluer, la rentabilité d’une thérapeutique (cost/effectiveness)

5 Rehm J et al ”Global burden of disease and injury and economic cost attributable to alcohol use and alcohol use disorders” Lancet 2009;373(9682, 27 June):2223-2333

6 Holmes MV et al “Association between alcohol and cardiovascular disease: Mendelian randomisation analysis based on individual participant data” BMJ 2014; 349 10 Jul):g4164. Doi: 10.1136/bmj.g4164.

7Cette étude a été publié par MV Holmes et des dizaines de coauteurs le 10 Juillet 2014. Le 26 May 2015 JK Anan signalait l’absence de réponse àux15 commentaires de cette publication.

8 Banque mondiale classification des pays en fonction de leur revenus par habitant 2016 http://data.worldbank.org/about/country-and-lending-groups.

9 OMS aide mémoire N° 358 « Accidents de la route» Mai 2015.

10 OCDE Statistiques santé données le plus souvent demandées JUIN 2015.

11 Besson D “Boissons alcoolisées 40 ans de baisse des boissons alcoolisées” INSEE première Mai 2004 N° 996 » et Frnce Agrimer Novembre 2012 La consommation de vin en en France2010.

12 OCDE « Panorama de la santé 2015» OCDE page 77.

13 Ces données prennent en compte la consommation d’alcool sur le territoire français, l’autoconsommation des producteurs des vins et les achat d’alcool des non résidents. Les achats d’alcool par les français à l’étranger ne sont pas comptabilisés (Champ France hors Mayotte Population de plus de 15 ans)

14 Com-Ruelle L, Celant N « Evolution de la prévalence des différents profils d’alcoolisation chez les adultes en France de 2002 à 2010 » BEH 2013 ;16-17 (7 Mai) : 185-190.

15 WHO “Global status report on alcohol and health 2014 page 210.

16 Suissa AJ « Pourquoi l’alcoolisme n’est pas une maladie » 2008 Editions FIDES. Canada.

17 Laporte A Chauvin P «La santé mentale et les addictions chez les personnes sans logement en Ile de France » Observatoire du Samu Social Rapport Final Janvier 2010 page 74

18 Guérin S et al «Alcohol-attribuable mortality in France» European J Public Health 2013 ;33 (N°’) : 589-593.

19 Begue L “Les résultats de l’enquête VAMM1: Etude évaluative entre violence et alcool http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/DPAlcoolViolence.pdf

20 Paille F, Raynaud M. « L’alcool une des toutes premières causes d’hospitalisation en France » BEH 2015 7 Juillet (N° 24-25) : 440-449.

21 Kopp P Fenoglio P « Le coût social des drogues .Les dépenses publiques dans le cadre de la lutte contre les drogues » Observatoire Français des drogues et des toxicomanies. http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/epfxpkm4.pdf

22 Rehm J et al “Global burden of disease and injury and economic cost attributable to alcohol use and alcohol- use disorders” Lancet 2009; 373 (9682, 27 June): 2223-2233.

23 Kopp P « Le coût social des drogues en France » Observatoire français des drogues et des toxicomanies Note 2015-04.

24 WHO Global status report on alcohol and health 2014 page 37

25 Richard JB «La consommation d’alcool en France en 2014» INPES Evolutions 2015 N° 32 Avril.

26 OECD «Tackling harmful alcohol use» Note de synthèse .Lutter contre la consummation nocive d’alcool (page 3).

27 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en Santé Conférence de consensus « Objectifs, indications et modalités du sevrage du patient alcoolodépendant » 17 mars 1999 page 8.

28 Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en Santé Conférence de consensus «Modalités de l’accompagnement du sujet alcoolo dépendant après un sevrage » 7et 8mars 2001 page 7.

29 Gache P « Évaluation des programmes de consommation contrôlée » DÉPENDANCES n°31 Avril 2007 La consommation contrôlée d’alcool. GREA-Groupement Roman d’Etudes des Additions.

30 Rolland B et al « L’abstinence ? oui mais avec modération ! Quatre raisons pour de nouvelles recommandations nationales sur l’alcoolo dépendance » Le courrier des addictions2013 ;15 (n°3) Juillet août septembre.

31 Enggasser E et al “Drinking goal choice and outcome in a Web –based alcohol intervention: results from VetChange” Addict Behav 2015 ;42 :63-8 Le choix initial des 305 vétérans qui participaient à cet essai clinique était la modération dans 86.9% des cas et l’abstinence dans 13.1 % des cas. Vingt pour cent des participants modifiaient leur choix lors de l’intervention. Au choix final 69.9% préféraient la modération et 31.4 % l’abstinence. Dans tous les groupes la consommation diminuait significativement.

32 « Décès pour 100 000 dans l’union européenne en 2010 par maladie circulatoire avant 65 ans : 53 après 65 ans 1931 » » Eurostat Les maladies circulatoires principale cause de décès chez les hommes et les femmes de plus de 65 ans. Communiqué de presse 28 novembre 2013 (178/2013).

33 Boston University School of medicine Institute of life style and health Critique 127 “Estimation of alcohol attributable and alcool preventable mortality in Denmark. November 2013