Bien évidemment ces études ont suscitées de nombreuses critiques car leurs conclusions allaient dans un sens opposé à une opinion générale qui voulait que l’alcool soit même à faible dose dangereux pour la santé.

Encore aujourd’hui des recommandations nationales préconisent l’abstinence (3, 4). Pourtant des dizaines d’études (5) ont apporté des arguments très solides en faveur de l’hypothèse d’un effet favorable sur la santé d’une consommation modérée d’alcool qui diminue la morbidité et la mortalité coronarienne, mais également la mortalité globale de 10% au minimum.

Au delà d’une certaine limite de consommation la mortalité des consommateurs dépasse celle des non consommateurs. Où se situe cette limite ? Il est difficile de répondre à cette question malgré de nombreuses statistiques pour deux raisons principales.

En premier lieu : la consommation réelle des sujets enquêtés représentatifs d’une population est mal connue.

D’une part parce que les sujets interrogés, habituellement, la minimisent d’un pourcentage élevé, qui pourrait atteindre 60% de la consommation réelle de cette population calculée à partir des informations fournies par les ventes (6,7), lesquelles d’ailleurs sont aussi minimisées par la consommation de boissons alcoolisées qui ne sont pas enregistrées par l’administration fiscale et qui est probablement faible en France (0.4 litres par an).

D’autre part parce qu’une partie des ventes n’est pas bue mais perdue, jetée, stockée ou consommée par des touristes. En revanche celle consommée par des français en voyage à l’étranger est inconnue.

L’alcool augmente l’espérance de vie, avec modération!

En second lieu les enquêtes sur la consommation modérée montrent que la limite inférieure d’une consommation qui abaisse la mortalité globale, en raison d’une diminution de la mortalité cardiovasculaire apparait pour des consommations réduites à 5 g par jour et que la limite supérieure où les risques liés à une consommation nocive sont plus élevés que les bénéfices liés à la consommation d’alcool, se situe aux environs de 40 g par jour.

L’effet favorable d’une consommation quotidienne modérée d’alcool disparait également en cas de consommation excessive ponctuelle mais répétées (5).

Dans la plupart des pays européens les recommandations officielles conseillent de ne pas dépasser pour les hommes 2 à 3 verres par jour et pour les femmes , qui sont davantage vulnérables aux effets nocifs de l’alcool, 1 à 2 verres.

Ces recommandations reposent sur des études qui étudient les effets d’une consommation d’alcool déclarée qui est inférieure à la consommation réelle, ce qui conduit à penser que les effets bénéfiques de l’alcool sur la mortalité se maintiennent à des niveaux plus élevés que ceux évalués dans les études qui reposent sur l’autodéclaration (8).

Une méta analyse de 34 études fixe le point de réversion c’est à dire la dose quotidienne d’ alcool à partir de laquelle la baisse de la mortalité n’est plus statistiquement significative à 18 g chez les femmes et à 39 g chez les hommes.(9)

L’abstinence qui reste le seul choix possible pour tous les consommateurs dont les activités professionnelles ou non comportent des risques accidentels, notamment la conduite d’une automobile, est aussi recommandée aux femmes qui souhaitent avoir un enfant ou qui sont enceintes.

(Cette recommandation d’abstinence et non de consommation modérée ne repose pas sur des études probantes mais sur le principe de précaution)

Le rapport bénéfices / risques de l’alcool

A cette analyse globale du rapport bénéfices risques de la consommation modérée d’alcool, il convient d’apporter quelques corrections.

1° La consommation modérée d’alcool ≤ 15g/jour chez la femme et ≤30 g/ jour chez l’homme est associée avec une faible augmentation du risque de cancer chez les femmes et chez les hommes (10). Chez les hommes ce risque disparait chez ceux qui n’ont jamais fumé. Chez les femmes qui n’ont jamais fumé le risque d’un cancer lié à l’alcool (principalement un cancer du sein)augmente pour une consommation d’un verre par jour.

Une consommation quotidienne supérieure à 15g/jour chez la femme et à 30g/jour chez les hommes est plus fortement associée à un risque de cancer chez les fumeurs que chez ceux qui n’ont jamais fumé.
Une prédisposition génétique mérite d’être recherchée pour conseiller une patiente qui consomme régulièrement de l’alcool en raison du risque de cancer du sein mais les différences sont minimes entre les femmes qui ont ou n’ont pas d’histoire familiale de cancer du sein.

2° Les études sur les bénéfices de la consommation modérée concernent des populations adultes et peu de consommateurs de moins de 30 ans. Or plus la population est âgée plus les risques cardiovasculaires augmentent et plus les effets bénéfiques de l’alcool sont élevés. Dans les populations dont l’âge moyen est inférieur à 55 ans les effets bénéfiques sur la mortalité globale d’une consommation d’alcool modérée pourraient ne pas apparaître.

Références

1 St Leger AS, Cochrane AL Moore “Factors associated with cardiac mortality in developed countries with particular reference to the consumption of wine” Lancet 1979 May 12; 1(8124): 1017-20

2 Marmot MG, Rose G et al “Alcohol and mortality: a U shaped curve” Lancet 1981 Mar 14;1 (8220P1): 580-3

3 Thompson PL “J curve: revisited: cardiovascular benefits of moderate alcohol use cannot be dismissed” MJA 2013; 198 6 May (8) 419-422 doi: 10.5694/mja 12.10922

4 Institut National du Cancer « Alcool et cancers» page 2

5 Ronkesley PE et al “Association of alcohol consumption with selected cardiovascular outcomes: a systematic review and meta-analysis” BMJ 2011; 342 (February 22): d671.doi 10.1136/bmj.d671

6 Arwidson P et al «Consommation annuelle d’alcool déclaré France 2005 » BEH thématique 34-35/12 septembre 2006 :255-258

7 En 2004 la consommation déclarée était de 11g par personne et la consommation estimée sur le volume des ventes de 23g/jour.BEH 2013, N°16-17-18 page 163

8 Butt P et al « L’alcool et la santé au Canada : résumé des données probantes et directives de consommation à faible risque » 25 Novembre 2011 (page 43) http://educalcool.qc.ca/wp-content/uploads/2013/05/NCAFR-Document-scientifique.pdf

9 Dicastelnuovo AD et al “Alcohol dosing and total mortality in men and women” Arch Intern Med 2006; 166:2437-2445

10 Cao Y et al “Light to moderate intake of alcohol, drinking patterns, and risk of cancer: results from two prospective US cohort studies” BMJ 2015; 351:h4238 doi:10.1136/bmj h4238