Rush en 1790, [2] sans doute le premier évoqua, sans le nommer ou le décrire, le phénomène de dépendance, en considérant les ivrognes comme des sujets sans volonté qui, au fil des ans, devenaient des buveurs par nécessité.

L’ivrognerie, on ne parlait pas encore d’alcoolisme, était une maladie de la volonté.

L’ivrognerie seule manifestation connue, depuis l’antiquité, de la consommation excessive d’alcool fut considérée comme un comportement lié à l’amoralité des consommateurs excessifs d’alcool, mais en aucune manière comme une maladie, jusqu’en 1804.

A cette date,Trotter [3] fit de ce comportement une maladie. Quarante cinq ans plus tard. M Huss en 1849 donna à cette maladie le nom d’alcoolisme.

Divers troubles somatiques furent découverts : le delirium tremens fut décrit par Sutton en 1813 et la cirrhose du foie par Laennec en 1819, mais ne furent que des décennies plus tard rapportées au sevrage et à l’abus d’alcool.

Jusqu’au milieu du 20° siècle, les connaissances biologiques épidémiologiques cliniques et thérapeutiques sur l’alcoolisme restaient fragmentaires, aucune classification n’était proposée, les préjugés moraux, la lutte contre ce péché que constituait l’ivrognerie, déterminaient le développement des ligues de tempérance.

Aux Etats –Unis cependant le concept de l’alcoolisme, maladie caractérisée par la perte du contrôle de la consommation d’alcool, s’imposait en raison de l’ appui unanime des professions médicales et conduisait à la création des associations de buveurs, notamment des Alcooliques Anonymes (juin 1935).

En France, Paul Perrin [4] fut le dernier défenseur d’une conception morale de l’alcoolisme, datant de plus d’un siècle, mais toujours reconnue par les élites éclairés du pays.
Cette conception faisait des buveurs excessifs, des pécheurs et des coupables objets de mépris.
En 1950 il décrivait dans son livre : la dégénérescence de la race Française ; la débilité mentale des enfants des buveurs excessifs et proposait d’enfermer les vieux buveurs incurables et antisociaux dans des établissements spécialisés.

La théorie de la dégénérescence, très répandue dans les milieux scientifiques et le grand public, voulait que de génération en génération s’accumulaient les facteurs biologiques et sociaux qui devaient conduire à la disparition de nombreuses familles. Cette théorie allait, au plan scientifique, être récusée quelques années plus tard, mais elle persiste encore, dans une partie de la population qui stigmatise certaines familles où l’alcoolisme est considéré comme une tare. [5]

Ce fut, en 1960, Jellinek [6] qui créa l’alcoologie moderne en définissant l’alcoolisme comme une consommation de boisson alcoolique qui cause un dommage à l’individu , ou à la société et en décrivant, avec précision, les diverses catégories de buveurs excessifs, les uns dépendants les autres non.
A sa suite, les travaux des épidémiologistes, des psychologues, des sociologues des cliniciens et enfin des biologistes élargirent considérablement les connaissances sur les alcooliques. L’alcoologie est devenue une discipline universitaire et une spécialité médicale.

Aujourd’hui, seuls les sujets atteints d’une dépendance à l’alcool sont des alcooliques, les autres consommateurs excessifs sont: soit à risque mais encore indemnes d’une pathologie liée à l’alcool; soit des consommateurs abusifs atteints d’une pathologie somatique liée à l’alcool.

Pour autant les professionnels des soins, les spécialistes des sciences humaines, les biologistes sont ils d’accord sur le concept fondateur de l’alcoologie moderne : l’alcoolisme est une maladie et l’alcoolique est un malade parce qu’il a perdu la liberté de s’abstenir de consommer de l’alcool, ou de contrôler sa consommation ? Non
La contestation vient principalement d’Amérique du Nord, des psychiatres, des psychologues et des sociologues.[7] En outre, ces dernières années, liées aux progrès des neurosciences, un autre concept est apparu celui d’addiction qui en regroupant toutes les causes possibles de dépendance complique l’analyse.

Cet article proposera : une réflexion sur la dépendance à l’alcool : Est elle fréquente ? Est ce une maladie ? Est ce un concept utile aux alcooliques?

Les caractéristiques de la dépendance alcoolique

Les sept caractéristiques du syndrome de dépendance à l’alcool, trente ans après sa description restent inchangées : Stéréotypie des conduites d’alcoolisation ; orientation de plus en plus exclusive des activités de l’individu vers une seule fin : la consommation d’alcool ; tolérance à l’alcool conduisant à une progression de la consommation ; répétition des symptômes de sevrage ; évitement ou disparition des symptômes de sevrage par l’alcoolisation ; reprise de l’alcoolisation après une abstinence plus ou moins longue ; existence d’une perte de contrôle associée à un besoin obsédant de boire de l’alcool. [8]

La dépendance est elle fréquente chez les consommateurs excessifs d’alcool ?

La réponse est : Non

Dans une population de sujets dont la consommation d’alcool est excessive, soit ponctuellement soit de manière chronique, le pourcentage des sujets éventuellement dépendants n’atteint pas 5% (4.7%). [9]

La petitesse de cette fraction est explicable par le faible pourcentage d’alcooliques dans trois groupes de consommateurs excessifs : les consommateurs quotidiens, les consommateurs intermittents, les consommateurs qui boivent en raison des difficultés qu’ils éprouvent dans leur vie quotidienne

En France, comme dans tous les pays méditerranéens, mais de plus en plus aussi dans les pays anglo-saxons, la consommation d’alcool est intégrée dans les normes socio culturelles. L’apparition d’un risque chronique ou ponctuel augmente avec le niveau d’alcoolisation mais, dans une large mesure, reste imprévisible et concerne approximativement 40% des hommes et 15% des femmes.
Chez une minorité de ces sujets à risque, une maladie liée à l’alcool, par exemple une cirrhose, se développera mais ces malades sont ils pour autant « alcooliques » ? Rarement , car chez plus de 90% de ces sujets aucun signe de dépendance n’est observé. Ce fait est d’ailleurs d’un considérable intérêt pour l’avenir du malade qui, bien conseillé et non dépendant, n’éprouvera aucune difficulté à cesser ou à modérer sa consommation, permettant une stabilisation de la cirrhose et une survie prolongée.

La consommation intermittente et excessive d’alcool est une conduite alcoolique dont la fréquence augmente chez les adolescents.
Très grave par les violences qu’elle suscite et par ses risques accidentels, notamment lors de la conduite automobile, cette alcoolisation est rarement à l’origine d’une dépendance qui, lorsqu’elle survient, s’estompera quelques années plus tard et n’empêchera pas ces adolescents, devenus de jeunes adultes, de consommer modérément des boissons alcoolisées.

Enfin, chez de nombreux sujets, la consommation d’alcool est un remède aux difficultés de la vie quotidienne, au chômage, aux difficultés économiques et à la souffrance sociale ou affective née du deuil d’un conjoint ou d’un enfant.
Ce comportement, bien connu des médecins généralistes, conduit rarement à une dépendance prolongée et un triple appui : affectif , social et psychologique, permet le plus souvent à ces personnes de maîtriser, après quelques mois leur consommation.

La dépendance est elle une maladie ?

A cette question, les professionnels des soins, les responsables de la santé publique, les participants à des groupes d’alcooliques » répondent : Oui et ils précisent : L’alcoolisme est une maladie incurable. L’alcoolique est devenu un objet ayant perdu sa liberté et la volonté de contrôler sa consommation.

Cette affirmation, contestable pour de nombreuses raisons, semble être le premier exemple de l’invention d’une maladie et le début, pour des raisons de contrôle social, d’une médicalisation qui ne cesse de se développer.

La dépendance est une réalité incontestable, mais elle ne suffit pas à faire de l’alcoolisme une maladie. [10]

L’existence d’une maladie chronique et incurable nommée « alcoolisme » est légitimée par le raisonnement suivant : l’alcoolisme est défini par une dépendance à l’alcool, la dépendance à l’alcool est une maladie, donc l’alcoolisme est une maladie.

La concaténation du syllogisme qui conduit à cette affirmation est tautologique, car si la réalité d’une dépendance à l’alcool ne peut être mise en doute, par contre la transmutation d’un comportement en une maladie est controversée par les spécialistes des sciences humaines et par certains psychiatres.

Cette maladie n’est pas liée à une lésion anatomique, contrairement à la majorité des maladies.
Il est vrai que certaines affections ne s’accompagnent d’aucune anomalie organique et sont liées à des dysfonctionnements des systèmes de régulation.
Mais si, chez les sujets dépendants de l’alcool, des dysfonctionnements peuvent être observés au niveau cérébral, ils disparaissent lorsque cesse ou diminue la consommation d’alcool.
Quant à l’existence d’une cicatrice cérébrale, souvent évoquée par les médecins, qui expliquerait la rechute dès l’absorption d’un verre d’une boisson alcoolisée. Elle est liée davantage à une croyance et à une idéologie qu’a une reconnaissance scientifique.

Paradoxalement on peut d’ailleurs penser que la dépendance physique est le contraire d’une maladie car elle témoigne des possibilités d’adaptation de l’organisme.

Les signes de dépendance physique sont chez les alcooliques déclenchés par l’absence d’alcool dans le sang Ces signes qu’ils soient cliniques ou électro-encéphalographies,sont inconstants, leur intensité est souvent modérée ne justifiant pas une hospitalisation. Ils disparaissent spontanémént, sans reprise de l’alcoolisation, en quelques jours.
Ces signes ne sont donc pas liés à une maladie chronique, mais à l’inadaptation passagère du fonctionnement cérébral en l’absence d’alcool.
Tout se passe en effet, chez les alcooliques, comme si l’alcool avait induit un fonctionnement efficace mais différent de celui des sujets non alcoolisés.

Même si la comparaison, avec le fonctionnement d’une automobile, est triviale, elle permet de comprendre les effets de l’alcool. Lorsque le propriètaire d’une automobile souhaite remplacer le carburant classique : l’essence par un agro carburant, il demandera à un mécanicien une adaptation du fonctionnement de sa voiture. Si plus tard il veut revenir à l’essence, une nouvelle adaptation sera nécessaire.
Le consommateur excessif d’alcool a adapté progressivement son fonctionnement cérébral à la présence d’alcool s’il cesse sa consommation, une adaptation de ce fonctionnement est nécessaire, elle se produit naturellement, parfois sans l’intervention d’un médecin, en quelques jours.
Cette possibilité d’adaptation est elle une maladie ? Il est raisonnable d’en douter.

L’alcoolisme serait une maladie parce que les alcooliques ne peuvent consommer un verre d’alcool, sans immédiatement rechuter. Ces malades seraient incapables de contrôler leur consommation.

Cette dépendance psychologique, fonde les pratiques des Alcooliques Anonymes. Elle constitue la première des 12 étapes du catéchisme de cette association que ses membres ont l’obligation de respecter. Les études expérimentales ont échoué à démontrer, sans équivoque, l’efficience des Alcoholiques Anonymes, leur supériorité sur les traitements classiques et leur efficacité pour réduire la dépendance alcoolique . [11]

[12] [13]

La réalité sur l’alcoolisme est différente.

La perte de contrôle n’est pas un phénomène exclusivement biologique.
De nombreux sujets, considérés comme abstinents, consomment, de temps à autre, sans dommage un peu d’alcool. [14]

Des programmes qui ont pour objectif la tempérance sont efficaces pour un nombre non négligeable de patients.
La perte de contrôle n’est pas un mythe, mais elle peut être, comme l’ont montré plusieurs expériences, le résultat d’un conditionnement psychologique et non d’une maladie.

Presque tous les médecins tendent d’apprendre aux malades alcooliques, devenus abstinents, que s’ils boivent un verre, même après 10 ans d’abstinence, immédiatement leur fonctionnement cérébral les conduira à reprendre de l’alcool sans pouvoir contrôler cette soif inextinguible.

Leur discours,conforme à l’enseignement qui leur a été donné, est le suivant: L’alcoolisme est une maladie incurable. Vous êtes un alcoolique et vous le resterez jusqu’a la fin de vos jours. Quelque soit la durée de votre abstinence, si vous buvez un peu d’alcool, vous rechuterez immédiatement

Ce sont de bons pédagogues, qui conditionnent parfaitement les alcooliques.
Si l’on offre,en effet, à un « alcoolique » abstinent un verre de jus d’orange, en lui disant qu’il contient de l’alcool, alors qu’il n’en contient pas, et si le sujet boit ce premier verre, alors d’autres suivront, qui eux contiendont de l’alcool.

Mais si l’on réalise l’expérience contraire : en donnant un jus d’orange additionné d’alcool à un ancien alcoolique, depuis longtemps abstinent, en lui assurant que son verre ne contient que du jus d’orange, alors il ne rechutera pas. [15]

Ce n’est pas seulement la nécessité de maintenir une alcoolémie qui est responsable de la poursuite de l’alcoolisation, mais aussi un choix individuel, soumis à la prégnance de multiples facteurs sociaux , psychologiques et environnementaux. [16]

De nombreuses études ont montré que certains alcooliques sont capables de contrôler leur consommation, pour eux un verre n’entraîne pas obligatoirement un autre verre. Certes le contrôle peut être affaibli, mais il persiste. [17] [18]

Concernant ces observations, des critiques s’élèvent, venant de la majorité des institutions médicales, qui pour des raisons morales et idéologiques, admettent difficilement que l’alcoolisme ne puisse pas être une maladie.

Par exemple, disent ces détracteurs, le degré de dépendance de ces sujets était faible, [19] c’est pourquoi ils pouvaient encore contrôler leur consommation d’alcool.

D’autres, ont voulu distinguer les alcooliques dont la maladie est génétique de ceux dont l’alcoolisme est lié à des facteurs psychologiques ou sociaux, sans cause génétique, seuls ces derniers pourraient maîtriser leur consommation [20]

D’autres enfin, ont affirmé que les progrès des neurosciences conduiraient à renforcer la nécessité d’une abstinence absolue dans la maladie alcoolique. [21]

En réalité, des études observationnelles ont montré que des alcooliques dont le niveau de dépendance était élevé, pouvaient conserver un contrôle sur leur consommation. [22]. [23]

En résumé : la dépendance classiquement définit la maladie alcoolique, mais l’expérience révèle que la perte du contrôle de la maîtrise de la consommation est inconstante et qu’elle peut être un conditionnement induit par le discours médical et les institutions .

Quelle est l’utilité du concept : l’alcoolisme est une maladie?

Sans doute, dans notre société souvent répressive, mieux vaut-il être un malade, avec les avantages de ce statut qu’un coupable. Mais ce concept permet-il de comprendre les processus d’alcoolisation, ouvre-t-il des perspectives thérapeutiques.
La réponse avec quelques nuances est encore : Non.

Il ne permet pas de comprendre l’alcoolisme. Les modèles proposés pour expliquer l’apparition d’une maladie, sa diffusion, sa sémiologie, son évolution ne sont pas applicables à l‘alcoolisme. Si l’alcoolisme est une maladie, celle ci n’est comparable ni à une affection aiguë ou chronique, ni à une maladie mentale.

Ce concept n’ouvre aucune possibilité thérapeutique hormis l’abstinence.

A un nombre croissant de ceux qui soignent des alcooliques, le concept: l’alcoolisme est une maladie, semble inadapté et l’obligation faite à tous les alcooliques d’être, jusqu’à la fin de leur vie, abstinents n’a pas sa raison d’être.

Mais si l’alcoolique choisit une attitude pragmatique, d’autres raisons que le concept « l’alcoolisme est une maladie », par exemple le conditionnement opérant ou une pathologie liée à l’alcool, peuvent justifier l’abstinence.

La tempérance est, en effet, un objectif difficile à maintenir pour l’ensemble des consommateurs d’alcool et pas seulement pour les sujets dépendants, en raison de la multiplicité des signaux qui, dans la vie quotidienne, invitent à boire.

L’abstinence ne doit pas devenir pour les soignants et pour les alcooliques une obsession.

La reprise de la consommation d’alcool n’est, pour les deux partenaires, ni un échec ni une rechute (en l’absence de maladie il n’y a pas de rechute).

C’est une éventualité probable, qu’il convient : de prévoir, de ne pas dramatiser, d’analyser pour tenter d’en découvrir les conditionnements et les ressorts psychologiques ou environnementaux et qui, enfin, ne doit pas interrompre le travail de reconstruction qui est en cours.

Ce concept n’ouvre que peu ou pas de possibilité thérapeutique médicale.

Peut on s’en étonner ?
Non
Les comportements humains ne peuvent être réduits à des réactions biochimiques et à la mise en jeu d’un système de récompense comme chez la souris.

Une addiction n’est pas déterminée par la rencontre aléatoire d’un organisme avec un toxique, mais par le rendez vous que, consciemment ou non, prend avec un produit, un individu qui, en interaction avec son environnement socio culturel, vit sa propre histoire, faite de besoins et de désirs, de plaisirs et de frustrations.

A un nombre croissant de ceux qui essaient de soigner les alcooliques, il apparaît que la dépendance n’est pas d’abord un phénomène biochimique déterminé génétiquement, induisant une alcoolisation compulsive, mais la recherche par le sujet d’une sensation dont il a fait l’expérience et dont il sait qu’elle lui permettra, sans les résoudre, d’oublier ses conflits psychologiques, qu’elle le débarrassera momentanément de son angoisse, lui donnera confiance en lui et l’autorisera à vivre à parler et à communiquer.

Les interactions entre, un individu, ses activités, son environnement et l’alcool sont, davantage que son hérédité et ses réactions neurobiologiques, les facteurs explicatifs de la dépendance.

Dans une telle conception de l’alcoolisme, la recherche d’un médicament capable de faire disparaître la dépendance est une illusion. Il n’est donc pas étonnant de constater l’importance de l’effet placebo, dans les résultats observé avec les médicaments et les thérapeutiques cognitivo comportementales, utilisées chez les alcooliques [24] [25]

CONCLUSIONS sur l’alcoolisme: maladie ou non?

Les consommateurs d’alcool appartiennent à l’un des quatre groupes suivants.

1° Les consommateurs modérés en bonne santé. Le seul conseil à leur donner est de continuer car cette consommation minimise les risques cardio vasculaires. Il doivent cependant veiller à ne pas augmenter leur consommation. Une ou deux bouteilles de vin par semaine, chez un sujet à faible risque, sont peut être aussi efficaces et certainement plus efficientes, en prévention primaire, qu’un traitement par les statines

2° Les consommateurs à risque. Ils boivent exagérément mais sont encore en bonne santé . A ces sujets il suffit, après avoir pris le temps de les informer sur les risques de l’alcoolisation, de leur conseiller une consommation modérée. En suite leur adhésion à ce comportement sera évalué.

3° Les sujets atteints d’une affection liée à l’alcool auxquels il est raisonnable de conseiller au moins temporairement l’abstinence.

4° Les sujets atteints d’une addiction à l’alcool.

Prendre soin d’eux implique un bilan médical et psychiatrique initial, afin de reconnaître et de traiter une pathologie somatique ou mentale.

Chez les sujets qui ne sont pas malades, les intervenants auprès des alcooliques seront, de préférence, des éducateurs, des psychologues, des intervenants ayant une solide formation en sciences humaines et une expérience des addictions.
[26]

Cinq raisons expliquent le choix de ces soignants : ils savent que la disponibilité et l’empathie sont les principales conditions de la réalisation d’une relation utile à ces sujets dépendants dont, souvent, la vie est marquée par une forte inhibition relationnelle ; ils ont une expérience des toxicomanies ; leur formation les a préparés , contrairement à celle des médecins à l’accueil de ces personnes ; ils ne prescrivent pas des médicaments

Ces alcooliques il convient : de les écouter longuement, car la narration de leur vie est indispensable pour comprendre leur comportement ; de les rassurer car ils ne sont pas malades ; de leur reconnaître le pouvoir de maîtriser leurs comportements.
Leur faire confiance est indispensable. Ils ont, la volonté et le désir d’une autre vie qui sont les conditions nécessaires à une résilience de leur alcoolisme.

Cette résilience leur donnera le bénéfice d’une adaptation sociale et affective et d’une vie quotidienne satisfaisante, malgrè le stress et des conditions de vie souvent défavorables .
[27] Parce que leur addiction à l’alcool n’est pas une maladie, ils ont conservé la liberté de s’abstenir de boire ou de boire modérément.
Restaurer leur confiance en eux, leur permettra d’exercer cette liberté, de retrouver leur autonomie et facilitera l’expression de leur volonté.

Sans doute, initialement, une période d’abstinence sera nécessaire, elle leur démontrera leur pouvoir et leur capacité de s’abstenir. Mais pour ceux qui le désirent le « boire après l’alcool » doit rester une ouverture et la possibilité de découvrir qu’ils ne sont pas des infirmes de la volonté et encore moins des malades.

Notes

[1] Sournia J C. Histoire de l’alcoolisme 319 pages Flammarion Paris1986

[2] Rush B An inquiry into the effects of spirituous liquors on the human style. Thomas and Andrews. Boston 1790.Reimprimé dans Quarterly Journal of Studies on Alcohol :1943 ;4 :321-341

[3] TrotterTT. Loungman,Hurst, Rees and Orms London 1804

[4] Perrin P Une croisade médicale contre l’alcoolisme. Louis Arnette Paris 240 pages 1945 et L’alcoolisme, problèmes médico sociaux, problèmes économiques. 420 pages. Expansion scientifique. Paris 1950

[5] Mann K. et al One hundred years of alcoholism : the twentieth century. Alcohol Alcoholism 200;35:10-15

[6] Jellinek EM. The disease concept of alcoholism. 246 pages. Hilhouse press . New Haven

[7] Suissa AM. Pourquoi l’alcoolisme n’est pas une maladie 231 pages Fides ( Québec) 2008.

[8] Edwards G. Gross .MM. Alcool dependence : provisionnal description of a clinical syndrome. BMJ 1976 ;1 : 1058-1061

[9] Com Ruelle L et al. Identification et mesure des problèmes d’alcool en France. Série méthode. 105 pages. IRDES 2006. N° 1600.

[10] Béraud C Fleury B L’alcoolisme est il une maladie ? Gstroenterol Clin Biol 1986 ;10 :457-460

[11] Ferri M et al Alcoholics anonymous and other 12 step programmes for alcohol dépendence Cochrane Database Syst Rev. 2006.19/ CD 005032.

[12] Les douze étapes sont décrites dans le livre d’Amnon Jacob Suissa : « Pourquoi l’alcoolisme n’est pas une maladie » ( Fides éditeur Quebec 2008) : 1° Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool, que nous avons perdu la maîtrise de nos vies. 2° Nous en sommes venus à croire qu’une Puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison. 3° Nous avons décidé de confier notre volonté et nos vies aux soins de Dieu tel que nous le concevons. 4° Nous avons courageusement procédé à un inventaire moral minutieux de nous-même. 5° Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exact de nos torts. 6° Nous avons pleinement consenti à ce que Dieu élimine tous ces défauts de caractère.7° Nous lui avons demandé de faire disparaître nos déficiences. 8° Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et consenti à leur faire amende honorable. 9° Nous avons réparé nos torts directement envers ces personnes partout où c’était possible, sauf lorsque ce faisant, nous pouvions leur nuire ou faire tort à d’autres. 10° Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus. 11° Nous avons cherché par la prière et la méditation à améliorer notre contact conscient avec Dieu, tel que nous le concevons, lui demandant seulement de connaître Sa volonté à notre égard et de nous donner la force de l’exécution. 12° Ayant connu un réveil spirituel comme résultant de ces étapes, nous avons essayé de transmettre ce message à d’autres alcooliques et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie.

[13] Toutes les associations d’anciens buveurs n’épousent pas l’idéologie des Alcooliques Anonymes. Elles peuvent être utiles aux alcooliques en association avec un accompagnement médico social et familial.

[14] Orford J et al Abstinence or control : the outcome for excessive drinkers two years after consultation Behav research Therapy 1976 ;14 :409-418

[15] Marlatt A et al Loss of control drinking in alcoholics J Abnormal Psycho;1973;81:233-241

[16] Sobell LC. The myth of « one drink » Behav research therapy. 1972 ;10 : 119-123

[17] Davies DL. Normal drinking in recovered alcoholic addicts Quart J Studies Alcohol 1962 ;23 :94-104.

[18] Sobell MB. Sobell LC. Second year treatment outcome of alcoholics treated by individualised behavior therapy : results Behav Research Therapy 1976;14:195-214

[19] Stockwell T Cracking an Old Chesnut : is controlled drinking possible for the person who has been severely alcohol dependent ? Brit J Addiction 1986 ;81 :455-456

[20] Babor TF. et al. Types of alcoholics. Evidence for an empirically derived typology based on indicators of vulnerability ans severity. Arch General Psych 1992 ;49 :599-608.

[21] Hillemand B L’alcoolisme est il une maladie Alcoologie 1999 ; 21 N°2 :309-315

[22] Orford J. Alistair K. Abstinence or controlled in clinical practice : a test of the dependence and persuasion hypotheses Brit J addiction 1986; 81:495-504

[23] Lefebvre R. Legrand M. Boire après l’alcoolisme Psychotropes 2003;9 N°1:7-26

[24] Dogrell SA. Which treatment for alcohol dependence naltrexone, acamprosate and/or behavioural intervention ? Expert Opin Pharmacother 2006;15:2269-73

[25] Weiss RD. et al Do patients withalcohol dependence respond to placebos ?Results from the COMBINE study J Stud Alcohol Drugs 2008;69:87-884

[26] Des médecins possédants des compétences identiques à ces intervenants pourraient également accompagner les alcooliques à la condition qu’ils soient capables de modérer leurs prescriptions car, sauf en cas de maladie intercurrente, c’est d’écoute d’empathie et de compréhension et non de médicaments dont ces sujets ont le plus besoin

[27] Didier B. Facteurs de résilience dans les toxico-dépendances Psychotropes 2003 : 9 N°1; 61- 76.